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Les rapports de la technique et de l’art sont une vieille histoire. On ne saurait comprendre l’évolution de l’une sans l’autre ; ils s’imbriquent et se fécondent sans que l’on puisse dissocier ce qui engendre la nouveauté de la production visuelle. Toute invention est un long processus. Que serait la polychromie de la grotte de Lascaux sans le savoir faire pour récolter et préparer ou cuire les pigments ? Le geste technique du dépeçage précède et instruit celui de la gravure ; de même que l’utilisation de l’ocre pour se protéger des parasites en s’en couvrant la peau, ou dans la préparation du tannage des peaux, révèle son pouvoir colorant pour la représentation. Mais lors de son émancipation fonctionnelle pour cet usage pariétal, il reste enrichi du pouvoir symbolique de ses premières utilisations. Toutes les nouvelles techniques participent de cette mutualité, il en fut ainsi des loupes dont Léonard se servait, des miroirs qui affinèrent le portrait psychologique d’un Rembrandt ou de la photographie qui renouvela l’ensemble des solutions au problème du réalisme de l’image. Toutes les images ont une histoire. Quand on remonte la parentèle d’une image saisissante, par exemple une photo d’Alien, on trouve tout d’abord à l’origine du « design », Giger, qui dit s’être inspiré des figures à la base d’une crucifixion du peintre Francis Bacon, qui lui-même utilisait les clichés chronophotographiques de Muybridge. Les effets de retour d’une technique à une autre plus ancienne sont permanents. L’hyper réalisme avec ses toiles monumentales a sans doute influencé le format des tirages photographiques modernes. Dans son traitement sérigraphique de la photographie Andy Warhol réinvente la peinture de vanité. Pour Philippe Nicolas, la grande affaire, la technologie innovante fut l’arrivée de l’ordinateur et la possibilité du traitement infographique de l’image. L’originalité de son travail réside dans un va et vient incessant d’un médium à l’autre, dont la mutualité est intégrée au dispositif créatif. Ce qu’il donne à voir ce sont les transformations comme les mues successives de l’image à chaque changement de milieu. Ses toiles sont comme de longues déclinaisons d’une image se métamorphosant, dont chaque étape engendre la suivante. Un motif photographié peut être traité, agrandi, travaillé dans le détail puis imprimé, transposé sur toile, travaillé à l’huile, pour être de nouveau photographié… Chaque série se présente comme une suite de portraits de famille, chaque tirage devenant la matrice de la suivante. Ce qui est particulièrement singulier dans cette évolution, c’est la persistance « du rendu » d’une technique à une autre. Un peu comme si une partie du génome de l’image imprimé passait dans le stade du traitement pictural. De loin, l’œil est trompé, presque grugé, il faut s’approcher pour découvrir que ce qui paraissait un encrage d’une image infographique est en fait une huile sur toile. Le travail sur ordinateur, la descente dans la transparence des calques et sur les micros détails ont permis à Philippe Nicolas d’élaborer un traitement pigmentaire original transféréer sur toile. Le travail spécifique du graphiste sert d’échafaudage au peintre et inversement. Cette recherche sur la modification par interprétation des formes est une vision du monde tout à la fois ludique et optimiste. La mort dans un tel processus disparaît au profit de la renaissance. Et c’est là, que le tempérament optimiste de Philippe Nicolas joue, ces métamorphoses, ces engendrements apparaissent comme une apologie du vivant, une espèce d’écologie de l’image, par la possibilité que l’on a de la voir en train de se faire comme la genèse dans la fabrique, un élan vital ininterrompu. Gérald Stehr pour Philippe Nicolas
Les rapports de la technique et de l’art sont une vieille histoire. On ne saurait comprendre l’évolution de l’une sans l’autre ; ils s’imbriquent et se fécondent sans que l’on puisse dissocier ce qui engendre la nouveauté de la production visuelle. Toute invention est un long processus. Que serait la polychromie de la grotte de Lascaux sans le savoir faire pour récolter et préparer ou cuire les pigments ? Le geste technique du dépeçage précède et instruit celui de la gravure ; de même que l’utilisation de l’ocre pour se protéger des parasites en s’en couvrant la peau, ou dans la préparation du tannage des peaux, révèle son pouvoir colorant pour la représentation. Mais lors de son émancipation fonctionnelle pour cet usage pariétal, il reste enrichi du pouvoir symbolique de ses premières utilisations. Toutes les nouvelles techniques participent de cette mutualité, il en fut ainsi des loupes dont Léonard se servait, des miroirs qui affinèrent le portrait psychologique d’un Rembrandt ou de la photographie qui renouvela l’ensemble des solutions au problème du réalisme de l’image. Toutes les images ont une histoire. Quand on remonte la parentèle d’une image saisissante, par exemple une photo d’Alien, on trouve tout d’abord à l’origine du « design », Giger, qui dit s’être inspiré des figures à la base d’une crucifixion du peintre Francis Bacon, qui lui-même utilisait les clichés chronophotographiques de Muybridge. Les effets de retour d’une technique à une autre plus ancienne sont permanents. L’hyper réalisme avec ses toiles monumentales a sans doute influencé le format des tirages photographiques modernes. Dans son traitement sérigraphique de la photographie Andy Warhol réinvente la peinture de vanité. Pour Philippe Nicolas, la grande affaire, la technologie innovante fut l’arrivée de l’ordinateur et la possibilité du traitement infographique de l’image. L’originalité de son travail réside dans un va et vient incessant d’un médium à l’autre, dont la mutualité est intégrée au dispositif créatif. Ce qu’il donne à voir ce sont les transformations comme les mues successives de l’image à chaque changement de milieu. Ses toiles sont comme de longues déclinaisons d’une image se métamorphosant, dont chaque étape engendre la suivante. Un motif photographié peut être traité, agrandi, travaillé dans le détail puis imprimé, transposé sur toile, travaillé à l’huile, pour être de nouveau photographié… Chaque série se présente comme une suite de portraits de famille, chaque tirage devenant la matrice de la suivante. Ce qui est particulièrement singulier dans cette évolution, c’est la persistance « du rendu » d’une technique à une autre. Un peu comme si une partie du génome de l’image imprimé passait dans le stade du traitement pictural. De loin, l’œil est trompé, presque grugé, il faut s’approcher pour découvrir que ce qui paraissait un encrage d’une image infographique est en fait une huile sur toile. Le travail sur ordinateur, la descente dans la transparence des calques et sur les micros détails ont permis à Philippe Nicolas d’élaborer un traitement pigmentaire original transféréer sur toile. Le travail spécifique du graphiste sert d’échafaudage au peintre et inversement. Cette recherche sur la modification par interprétation des formes est une vision du monde tout à la fois ludique et optimiste. La mort dans un tel processus disparaît au profit de la renaissance. Et c’est là, que le tempérament optimiste de Philippe Nicolas joue, ces métamorphoses, ces engendrements apparaissent comme une apologie du vivant, une espèce d’écologie de l’image, par la possibilité que l’on a de la voir en train de se faire comme la genèse dans la fabrique, un élan vital ininterrompu. Gérald Stehr pour Philippe Nicolas